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Mustapha BENFODIL

écrivain, journaliste

 

Mustapha Benfodil a publié trois romans : "Zarta", "Les Bavardages du Seul",   "Archéologie du chaos [amoureux]" et  aussi des pièces de théâtre : "Clandestinopolis" et "les Borgnes" (en cours d'écriture).

Cet auteur, journaliste qui vampirise le Réel pour aussitôt le sublimer vient d'achever une  résidence d’écriture à  la Maison des Auteurs du Festival des Francophonies en Limousin de Limoges.

Rencontre autour d'un verre de thé glacé,  avec sa compagne Amina, artiste plasticienne.

 

 

 
 
extrait de l'interview de Mustapha Benfodil (Août 2008)

 

C’est un texte que j’ai écrit…

 Dans toutes les rencontres publiques auxquelles je suis convié, une question lancinante revient, à savoir comment j’arrive à concilier ma passion de la littérature et mon métier de journaliste que je vis comme un sacerdoce. Je dirais que mon rapport au journalisme est un rapport politique, pour ne pas dire….osons le mot : militant. C’est un sentiment d’urgence dans ma présence au monde. C’est un peu à l’image de mon expédition irakienne : j’y suis parti pour des raisons morales, et j’en suis revenu avec un livre de témoignage, pas un roman. La littérature quant à elle, je la vis comme un « reportage du dedans », une aventure intérieure; comme la chronique de mon aventure personnelle, émotionnelle. Dans une formule elliptique qui pourrait résumer les choses – sans quoi, on s’engouffrerait dans un débat sans fin – j’ai coutume de dire, pour concilier les deux, que ma démarche consiste à « vampiriser le Réel pour aussitôt le sublimer ». Le journalisme m’apporte ce matériau brut de la condition humaine que je m’emploie ensuite à travailler avec la boîte à outils du Poète. 

Fin de citation….

 

 Disons que ça n’a pas été simple pour moi parce que, dans les premiers balbutiements littéraires qui ont été les miens, il fallait construire une langue, construire un univers, construire une thématique, construire aussi de l’intérieur, construire le «Je » qui autorise un petit peu à parler, à prendre la parole, à s’autoriser….à dire des conneries sur tout et sur rien, bref à faire l’écrivain.

Il se trouve qu’au moment où j’ai négocié un petit peu cet enfantement difficile, il y a eu l’éruption de cette chose absolument atroce qui est la guerre civile.

Par exemple, moi, j’ai commencé par la poésie et les aphorismes. Je me rappelle que j’écrivais, mes premiers poèmes, c’était plutôt abstrait et l’assassinat d’un grand poète algérien qui s’appelle Tahar Djaout le 26 Mai 1993, a été un tournant dans mon écriture. Et cette éruption a restructuré totalement mon rapport à l’écrit, par exemple mon entrée en journalisme s’est fait complètement sous le signe de l’engagement.

 

Ca peut paraître pompeux, mais ce sont les faits.

Il se trouve que je ne me voyais pas dans une formation politique. En Algérie, c’était les débuts de l’expérience démocratique parce qu’il faut savoir qu’en Algérie, on a vécu sous le FLN parti unique jusqu’en 1988.  Le 5 Octobre 1988, nous avons eu une  espèce de  mini Mai 1968 dont nous célébrons maintenant les vingt ans et suite à cela, juste après, il y a eu la guérilla islamiste qui a voulu s’accaparer de cette expérience démocratique et donc la corporation des journalistes tout de suite en première ligne de front.  Et moi, il se trouve que j’étais en train en même temps de trouver sur le marché du travail entre guillemets, de trouver une petite place. J’étais engagé sur des études mathématiques, tout ça, mais après je me suis senti un peu à l’étroit et il se trouve, voilà, tout ça s’est fait en même temps. C'est-à-dire j’avais refait mon bac, je me suis mis à des études de journaliste et juste à ce moment là, il y a eu le début de la guerre civile et je me suis empêtré là-dedans et donc tout de suite mon écriture s’en est ressentie. C'est-à-dire, mon écriture s’est trouvée vraiment embarquée là-dedans…entre cette écriture du dedans, cette écriture intimiste qui est le propre de l’écriture littéraire et puis l’écriture tournée vers le monde, tournée vers les gens, vers le réel.

Moi justement, j’ai jamais voulu opérer une rupture entre ces deux écritures….

 

 

 

Mustapha et sa compagne Amina à la Maison des auteurs de Limoges

 
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